EXPOSITIONS PHOTOGRAPHIQUES

Passages, Bancs et Repères

Bussigny
& Yverdon-les-Bains
Mai–Juin 2026

Vue d’ensemble des expositions photos

Avec « Passages, Bancs et Repères » des seniors partagent leur perception des rues, des chemins, des pauses et des repères qui composent leur vie quotidienne dans le quartier. Les photographies exposées racontent leurs expériences ordinaires mais essentielles : rejoindre un lieu important, trouver son chemin, s’arrêter un moment, se sentir en sécurité, reconnaître un endroit familier, ou au contraire hésiter devant un carrefour, éviter un passage compliqué ou un espace peu accueillant.

Née du projet DemSCAPE-VD, cette exposition montre que la mobilité ne se résume pas au simple fait de se déplacer. Elle touche à l’autonomie, au sentiment d’appartenance, à la possibilité de continuer à participer à la vie sociale et de rester en lien avec les lieux qui comptent. En mettant en lumière ce qui encourage et ce qui freine les déplacements des personnes âgées vivant avec ou sans difficultés cognitives ou de mobilité, elle propose un regard attentif et humain sur nos communes.
Elle nous invite collectivement à imaginer des espaces publics plus
lisibles, plus confortables et plus inclusifs pour toutes et tous.

En donnant la parole au regard des personnes concernées « Passages, Bancs et Repères » invite le public à découvrir autrement l’espace public et à réfléchir à ce qui rend une commune plus accueillante, plus accessible et plus inclusive. L’exposition cherche ainsi à sensibiliser habitantes et habitants, proches, professionnel·les et décideurs à l’importance d’un environnement qui permette aux aînés de continuer à se déplacer, à s’orienter, à participer et à se sentir pleinement membres de leur communauté.

2 communes

Bussigny et Yverdon-les-Bains se sont engagées comme partenaires de ce projet pilote, inscrit dans la stratégie cantonale Vieillir 2030.

33 participant·es

Les photographies présentées sont issues d’une analyse thématique des entretiens menés auprès de 33 habitant·es des deux communes.

18 mois

Le recrutement des participant·es âgé·es et la réalisation des entretiens se sont déroulés sur une période de 18 mois, entre août 2024 et janvier 2026.

Présentation des vernissages

Chaque exposition a été inaugurée par un vernissage organisé le premier jour de son installation.

Afin de favoriser la participation des personnes âgées qui ont répondu à nos questions, ces rencontres se sont déroulées à 15 heures.

Les visiteurs ont pu découvrir l’exposition en plein air, échanger avec les membres de l’équipe de recherche et assister à plusieurs prises de parole réunissant un·e représentant·e de la commune hôte, Madame Caroline Knupfer pour la stratégie cantonale Vieillir2030 et Madame Isabel Margot-Cattin, cheffe du projet.

Ces moments ont permis de rappeler les objectifs du projet, de valoriser la participation des habitant·es et d’ouvrir le dialogue entre les citoyen·nes, les professionnel·les et les décideurs autour d’environnements plus inclusifs.

Lieu : Arcades de Bussigny

(Cliquez sur le titre pour accéder au document complet de l'exposition)

« Là il est équipé d’un banc, l’arrêt. C’est pour ça que quand je peux, je viens ici »

Choisir le bon arrêt de bus

Par une belle journée printanière, nous avons rendez-vous pour un entretien mobile. Une dame de 82 ans souhaite prendre le bus afin de tester le nouvel arrêt situé près de la gare. Sur le trajet, elle en profite pour observer quels arrêts sont les plus accessibles pour elle avec son rollator.

Avant de partir de chez elle, Madame consulte sa montre.
Elle connaît les horaires de bus aux arrêts proches de son domicile et confirme que nous avons le temps d’aller « au bon ».

Pour Madame, tous les arrêts ne se valent pas. Elle préfère parcourir 150 mètres en faux plat montant plutôt que 30 mètres en légère descente afin d’atteindre un arrêt qu’elle considère comme « le bon ». Cet arrêt est équipé d’un abri, d’un banc, d’un éclairage et d’informations sur les horaires. Il est aussi situé sur une ligne droite, ce qui permet au chauffeur d’arrêter le véhicule au plus près du quai, facilitant ainsi la montée dans le bus.

Cette situation montre que la qualité et l’implantation des arrêts de bus peuvent être déterminantes pour l’utilisation des transports publics.

« Chez nous, c’est 30 à l’heure et ils ont supprimé les passages pour piétons.

J’ai dit : donc on est prioritaire. Mais non, pas du tout ! »

Traverser en sécurité

Nous marchons sur une rue étroite à double sens de circulation, sans espace dédié aux piétons. Cet inconfort momentané amène une dame de 82 ans à parler d’un article qu’elle a lu quelques jours plus tôt dans le journal et qui l’a beaucoup étonnée.

Elle pensait que l’absence de passages piétons signifiait que les piétons étaient prioritaires partout. Or, ce principe n’est valable que dans les zones de rencontre (à 20 km/h). Cette mauvaise compréhension aurait pu conduire Madame à se retrouver dans des situations dangereuses. Un apprentissage et un entraînement aux zones à 20km/h et 30km/h est essentiel puisque la loi n’autorise pas les passages piétons. Cela questionne également l’utilisation de ces espaces partagés pour des personnes avec troubles de la vue, pour qui les contrastes amenés par les marquages au sol sont essentiels.

Un passage pour piétons devrait être situé dans un endroit offrant une bonne visibilité pour les conducteurs et les piétons, être utilisable de jour comme de nuit, et permettre une traversée la plus courte possible.

Ces aménagements contribuent à rendre l’espace public plus lisible et plus sûr pour toutes et tous.

« Je suis rentrée des commissions. Il faisait chaud, j’étais un peu fatiguée. J’ai trempé mes mains dans l’eau, je me suis assise là et j’ai mangé une pêche »

Une pause sur le chemin

Une dame de 90 ans profite de notre venue pour tester sa capacité à se rendre à pied jusqu’au centre du village, ce qui est son objectif. Elle nous raconte qu’elle avait pu faire ce trajet au début de son installation dans le quartier, avant que sa santé ne se dégrade.

Le parcours qu’elle emprunte est relativement accessible, mais il est minéral et peu végétalisé. En été, l’exposition au soleil peut rendre le trajet plus éprouvant. C’est alors que Madame découvre ce lavoir fleuri, véritable îlot de fraîcheur sur son chemin. Elle s’y arrête pour se reposer, se rafraîchir et reprendre des forces.

Ces lieux de pause, qui offrent à la fois ombre, fraîcheur et possibilité de s’asseoir, contribuent à rendre les déplacements à pied plus agréables, plus accessibles et parfois tout simplement possibles. Ils peuvent aussi devenir des espaces de rencontre et d’échange entre les personnes qui habitent le quartier.

Pour Madame, cette halte est un véritable émerveillement, qui lui offre la possibilité de se déplacer à nouveau dans le quartier.

« Des fois, je passais de l’autre côté parce que je connaissais des gens qui étaient là, on se reconnaissait et on discutait »

Des rencontres au détour du chemin

Nous marchons aux abords des jardins communautaires. Ce lieu fait remonter à une dame de 80 ans des souvenirs.

Elle se rappelle qu’il lui arrivait de venir spécialement dans ce quartier pour passer près des jardins et observer les personnes qui y travaillaient, discutaient ou partageaient un moment entre proches. Ces passages
étaient souvent l’occasion de brèves rencontres spontanées et amicales.

Avec l’avancée en âge, les deuils successifs et l’éloignement des familles, les contacts sociaux se réduisent progressivement. Ces échanges informels — quelques mots sur la météo, la saison ou les plantations —
deviennent alors précieux et permettent de maintenir un sentiment de lien et d’appartenance à la communauté.

Les espaces de nature en ville, comme les jardins communautaires, offrent ainsi des lieux vivants où il est possible à la fois de profiter de la végétation et de rencontrer d’autres habitant·es. Ils créent des occasions
simples de sociabilité dans l’espace public et contribuent au bien-être des personnes qui y passent ou qui s’y arrêtent.

« Je connais une dame, elle a aussi un certain âge. Elle vient des fois s’asseoir sur le banc devant chez moi, alors je vais un moment vers elle »

Le banc comme lieu de pause et de rencontre

Un homme de 86 ans aime marcher dehors. Il profite, dès qu’il le peut, d’aller faire quelques pas, même s’il lui arrive de se perdre à cause
de ses problèmes de vue.
Lorsque nous passons devant un banc près de chez lui — qu’il situe davantage qu’il ne le distingue — il nous explique que, pour lui, un banc n’est pas indispensable pendant ses déplacements : ses jambes lui permettent encore de marcher sans devoir s’arrêter. En revanche, ces assises sont pour lui des lieux propices à la contemplation ou aux échanges avec d’autres personnes.

Pour certaines personnes, âgées ou en situation de handicap, les déplacements sont plus limités, et avec eux les occasions de rencontres et de stimulation. La présence de bancs confortables, bien situés, faciles d’accès et utilisables en toute saison permet alors de profiter de l’environnement, d’observer la vie du quartier et d’entrer en relation avec d’autres personnes, même sans aller très loin de chez soi.

Ainsi, un simple banc peut devenir un point d’ancrage dans la vie sociale d’un quartier.

« Alors ils nous disent qu’on peut s’assoir ici… Non mais écoutez, franchement !»

Un banc, mais pour qui ?

Une dame de 90 ans nous explique que, s’il y avait des bancs confortables à l’extérieur près de son immeuble, elle irait volontiers
s’y asseoir.

Pour elle, le confort commence par l’emplacement : un lieu calme, mais offrant une vue sur un peu d’activité — un chemin de promenade, un espace de jeux, des passants. C’est aussi la possibilité de profiter du soleil ou de l’ombre selon les moments de la journée, avec un accès sûr, plat et non glissant.

La conception du banc est tout aussi importante : une assise à la bonne
hauteur, un dossier pour s’appuyer, des accoudoirs pour aider à se relever et la possibilité de poser les pieds au sol. Un banc adapté, agréable et accueillant, en somme.

Lorsque ces éléments ne sont pas réunis, le banc devient inutilisable et perd sa convivialité. À l’inverse, un mobilier urbain bien conçu peut permettre de se reposer, d’observer la vie du quartier et de partager
un moment avec d’autres personnes.

On peut aussi imaginer des aménagements favorisant l’échange, par exemple des bancs disposés pour discuter sans être forcément assis côte à côte, ou un petit espace pour poser ses affaires.

« Quand on était enfant, on passait par le chemin qui se trouve derrière la ferme-là.
Ça permet de déboucher là-bas au fond
 »

Le patrimoine comme repère

Une dame de 89 ans nous emmène sur son chemin de promenade habituel. Elle ne peut pas marcher longtemps, car la fatigue arrive
vite, et ses problèmes de mémoire la conduisent à emprunter presque toujours le même trajet.

Ce parcours est devenu une habitude. Elle n’a pas besoin de réfléchir à la direction à prendre : les repères du village lui sont familiers, car elle y vit depuis toujours. Chaque bâtiment ancien évoque un souvenir, une histoire, un moment du passé

En passant près de cette ferme, Madame sait qu’un petit sentier traverse discrètement le paysage offrant un chemin plus calme, à l’écart de la circulation. Ce passage est aussi l’occasion d’observer la nature et la vie du quartier, comme ces enfants qui jouent dans la cour de l’accueil de jour voisin.

Ces repères du quotidien — bâtiments anciens, chemins connus, paysages familiers — facilitent l’orientation et rendent les déplacements plus rassurants. Ils contribuent à maintenir un lien entre les habitant·es, leur environnement et l’histoire du lieu.

« Ça évite la route qui est très passante. Mais il y a des escaliers au bout ou pas ? Parce qu’avec le rollator si je tombe sur des escaliers, c’est fini »

Un chemin praticable ?

Une dame de 82 ans préfère passer par des chemins à travers les habitations plutôt qu’aux abords d’une route fréquentée. Parfois, ce sont des passages agréables et plus directs mais il arrive aussi qu’ils soient
difficiles, voire impossibles à emprunter pour certaines personnes.

Sans indication sur l’aménagement du chemin, Madame s’interroge : le passage est-il vraiment praticable avec son rollator ? Des pavés irréguliers, une flaque d’eau ou quelques marches suffisent à rendre le trajet inutilisable ou dangereux.

Pour être réellement utilisables, les lieux de passage pour piétons doivent être clairement identifiables et pensés pour toutes les mobilités : un sol lisse et stable, sans marches ni obstacles, et avec le moins
de dénivelé possible. Lorsque la pente est inévitable, des appuis ou des possibilités de pause peuvent faciliter la progression pour les personnes qui en ont besoin.

Un chemin confortable est aussi un chemin lisible. Une signalétique claire, un contraste visible entre les bords et la voie de circulation, ainsi qu’un bon équilibre entre ombre et luminosité : c’est ce qui permet
à tout un chacun de se déplacer en sécurité. Ainsi, un chemin ou passage piétonnier ne doit pas seulement exister : il doit pouvoir être utilisé par toutes et tous.

Carte des lieux photographiés — Bussigny

Crédits et informations pratiques - Exposition « Passages, bancs et repères » à Bussigny

  • Photographies : ECAL/Alizée Quinche
  • Graphisme et typographie Iconic : ECAL/Stephanie Wilson
  • Impression : ECAL/Guillaume Gameiro
  • Montage : Voirie de Bussigny – Jacky Jaunin et équipe

Remerciements à la commune de Bussigny et aux personnes ayant participé aux entretiens.

Exposition visible du 22 mai au 19 juin 2026.

Lieu : Place du 7 février 4

(Cliquez sur le titre pour accéder au document complet de l'exposition)

« Une fois je suis tombée. C’était en hiver, il pleuvait et faisait déjà sombre. J’avais
un sac à commissions plein, un sac à main et un parapluie. J’ai pas vu le trottoir et me suis retrouvée à quatre pattes. Un monsieur en voiture s’arrête et me dit : vous cherchez quelque chose ? »

Quand le sol devient incertain

Une dame de 85 ans nous raconte qu’elle est extrêmement attentive là où elle met les pieds lorsqu’elle marche à l’extérieur. Elle a déjà chuté, heureusement sans gravité, mais cette expérience a laissé une crainte persistante : celle de tomber à nouveau et, surtout, de se blesser. À son âge, une blessure pourrait rapidement entraîner une perte d’autonomie. Pour se sentir en sécurité, elle surveille donc constamment le sol et les irrégularités du chemin.

Dans la rue, les détails du sol passent souvent inaperçus. Pourtant, pour certaines personnes qui se déplacent en fauteuil roulant, avec un rollator ou qui sont chargées, ils peuvent tout changer. Un relief peu visible, un contraste insuffisant, une lumière trop faible : autant d’éléments qui rendent un passage incertain.

Pour qu’elle puisse se déplacer sereinement et profiter de son environnement autrement qu’en gardant les yeux rivés au sol, les espaces de circulation piétonne devraient être continus, lisses et facilement lisibles. Les surfaces devraient être régulières et stables, sans pavés instables, trous ni fissures. Lorsque des différences de niveau existent, elles devraient être clairement signalées par un contraste de couleur ou de matière, et accompagnées d’aménagements qui permettent de s’arrêter ou de se tenir.

Ces attentions simples contribuent à rendre l’espace public plus sûr et plus
confortable pour toutes et tous.

« Souvent quand je passe ici, je vois des familles qui font des photos avec leurs enfants dans l’arbre. Moi aussi j’ai des photos de cet arbre avec mes enfants »

Un arbre pour se retrouver

Un homme de 71 ans aime se promener dans Yverdon-les-Bains, dans les endroits
remplis de verdure. Il s’y ressource et prend le temps de lire, d’observer les activités
alentour ; certaines personnes viennent faire du Qi-Gong ou d’autres activités
de groupe sous le couvert des arbres. Les nombreux parcs et jardins de la ville sont
des lieux de repos et de lien avec la nature.

Ils offrent un moment de calme, un moment de fraîcheur ou un moment de partage.
Ils rassemblent les générations et permettent la création de souvenirs partagés.

Pour de nombreuses personnes âgées, ces espaces verts en ville sont précieux.
Ils offrent un accès simple et proche à la nature, sans devoir parcourir de longues
distances ou se rendre dans des environnements plus exigeants comme la montagne
ou le bord du lac. Ces lieux permettent de sortir, de marcher un peu, de s’asseoir,
d’observer la vie autour de soi.

Les parcs et jardins deviennent ainsi de véritables lieux de rencontre. On s’y croise,
on s’y arrête, on y échange quelques mots. Les enfants jouent, les adultes discutent,
certains pratiquent une activité ou prennent simplement le temps d’être là. Ces
moments ordinaires nourrissent la vie sociale du quartier et renforcent le sentiment
d’appartenance à un lieu partagé.

« Je sais qu’il me faut 8 minutes. C’est précis parce que des fois je devais attendre
et il n’y a rien pour s’assoir. Quand il fait pas beau et que ça souffle, on est en plein
courant, c’est pas drôle ! Et en été, c’est pénible parce qu’il peut faire très chaud
 »

Un arrêt de bus pour tous

Une dame de 89 ans utilise régulièrement les transports publics pour ses
déplacements quotidiens. Elle connaît bien le trajet jusqu’à l’arrêt et le temps qu’il lui
faut pour s’y rendre. Lorsqu’elle attend le bus, elle reste attentive à son arrivée tout
en composant avec les conditions du lieu : le vent, la pluie ou la chaleur selon la saison. L’attente peut alors devenir inconfortable, surtout lorsqu’il n’y a ni endroit pour
s’abriter ni possibilité de s’asseoir.

Les lieux d’attente sont des espaces de transition essentiels dans les déplacements.
Pourtant, ils sont parfois réduits à un simple point d’arrêt, peu visible et peu équipé.
Lorsque l’on doit attendre plusieurs minutes, le confort et la lisibilité de ces espaces
deviennent importants.

Un arrêt de transports publics devrait offrir des conditions d’attente adaptées :
un banc permettant de s’asseoir, un abri contre la pluie, le vent ou le soleil,
ainsi qu’un espace suffisant pour accueillir différentes situations de mobilité —
qu’une personne utilise des cannes, un rollator, une poussette ou un fauteuil roulant.
Des informations claires sur la localisation et les horaires, ainsi qu’un éclairage
suffisant le soir, contribuent également à rendre ces lieux plus accessibles et plus
accueillants pour toutes et tous.

« Avec les premières trottinettes, j’ai failli faire des attaques cardiaques ! C’est tellement surprenant. On ne les entend pas venir et tout d’un coup il y a quelqu’un qui est là »

La rue partagée

Une dame de 70 ans se déplace régulièrement dans la ville et prête une attention
particulière à la circulation autour d’elle. En tant que personne malvoyante, elle
ne peut pas toujours anticiper la présence des véhicules ou des usagers rapides comme les trottinettes électriques. Cette imprévisibilité peut surprendre et mettre en danger, rendant certaines traversées stressantes et exigeant une vigilance constante.

Pour être sécurisante, une traversée de rue devrait être immédiatement identifiable
et lisible par tous. Les marquages au sol, les panneaux, une signalisation claire
et contrastée, ainsi qu’un éclairage suffisant permettent à chaque piéton de repérer
le passage et de franchir la route en toute confiance. Des surfaces lisses, sans
trous ni fissures, contribuent à réduire les risques de chute, même sous la pluie
ou avec un déambulateur.

Les traversées devraient aussi être courtes et dégagées, ou équipées d’îlots de refuge, pour permettre de s’arrêter en sécurité si nécessaire. Lorsque ces conditions sont réunies, chaque usager, quel que soit son âge ou ses capacités visuelles, peut traverser en confiance et partager la rue avec sérénité.

« Ça m’embête quand j’ai l’habitude d’aller quelque part et que je constate qu’ils
ont enlevé le banc. Maintenant je vais faire comment ? Alors je dois chercher un autre circuit
 »

Un endroit pour s’arrêter

Un homme de 71 ans aime marcher pour se déplacer et pour se promener. Au fil
du temps, il a pris l’habitude de certains parcours qu’il choisit aussi en fonction des endroits où il peut s’arrêter. Les bancs font partie de ces repères. Ils permettent de faire une pause, de reprendre son souffle ou simplement de profiter d’un moment dehors. Lorsqu’un banc disparaît, c’est tout un itinéraire qu’il faut repenser.

Les lieux de repos jouent un rôle important dans les déplacements à pied. Ils rendent
les parcours plus accessibles en offrant la possibilité de s’arrêter quand on en
ressent le besoin. Ils favorisent aussi les rencontres, qu’elles soient prévues ou spontanées, et permettent de prendre le temps d’observer la vie du quartier.

Pour remplir ce rôle, les bancs devraient être placés dans des espaces agréables et sécurisés, à l’écart de la circulation automobile mais proches des activités et des passages. Leur conception devrait permettre à chacun de s’asseoir et de se relever facilement, grâce à une hauteur adaptée, un dossier et des accoudoirs. Un accès plat et dégagé, un peu d’ombre, un peu de soleil, et suffisamment d’espace pour s’installer à plusieurs. Tout ceci contribue à faire de ces lieux de véritables points de pause et de rencontre dans l’espace public.

« Tout d’un coup il me dit : il faut que j’aille aux toilettes. Je lui réponds : mais moi je ne sais pas où on peut aller. Depuis, je cherche toujours des endroits où il y a des toilettes adaptées ! »

Un besoin essentiel

Une dame de 81 ans nous confie une anecdote qui a conduit son couple à réduire
considérablement leurs sorties. Autant elle ne ressent pas d’insécurité particulière
dans la ville — ce qui peut être le cas de quelque-un·es dans certains lieux — autant
elle n’envisage pas de se rendre dans des toilettes publiques. L’incertitude quant à leur présence, leur accessibilité ou leur état rend les déplacements plus compliqués à organiser.

Certains lieux ou certains équipements peuvent ainsi devenir des sources d’inquiétude dans l’espace public. Lorsqu’ils ne sont pas clairement identifiables,
accessibles ou entretenus, ils peuvent susciter un sentiment d’insécurité ou d’inconfort qui conduit les personnes qui en auraient le plus besoin à moins sortir
de chez elles.

La présence de toilettes publiques accessibles, propres et bien indiquées est un élément important pour permettre à toutes et tous de se déplacer sereinement. Savoir qu’il est possible de trouver facilement des sanitaires sur un parcours rassure et permet d’envisager des sorties plus longues et plus régulières.

L’absence de toilettes peut conduire à limiter ses déplacements, à modifier ses trajets ou même à renoncer à certaines sorties. Des équipements simples, bien entretenus et visibles contribuent ainsi à rendre l’espace public plus accueillant et plus accessible au plus grand nombre.

« Ça, c’est des choses qu’on ne voyait pas il y a dix ans en arrière. Maintenant, on a partout des saletés comme ça. Mais quand même, il y a des poubelles ! Ce n’est pas respectueux »

Des lieux à respecter

Un homme de 71 ans remarque que certains espaces publics sont devenus moins sûrs qu’auparavant. Des débris de verre, des déchets ou des objets laissés au sol détournent son attention lorsqu’il se déplace. Cela change la manière de se déplacer
et réduit le plaisir et la liberté de circuler.

Il note que la commune mène des actions pour entretenir ces lieux mais cela reste
insuffisant. Il aimerait que chacun·e soit davantage responsable pour que les rues et les places restent agréables et sûres pour toutes et tous.

La dégradation de l’espace public affecte la qualité de vie et le sentiment de sécurité
de toute la population, et notamment des personnes âgées. Lorsque des lieux sont salis ou mal entretenus, cela peut limiter les déplacements pour les personnes qui utilisent des aides de marche, augmenter le stress pour les personnes qui souffrent
de troubles cognitifs et diminuer le sentiment d’appartenance au quartier.

Des attentions simples influencent la qualité de vie au quotidien. Les renforcer
permettraient à chacun·e de se déplacer plus sereinement, de profiter de l’espace public et de garder un sentiment de confort et de confiance dans le quartier.

« Alors à Lyon, ça s’appelle des traboules, chez nous on appelle ça des ruelles ou des
passages. Il faut les connaitre, on gagne quelques minutes quand même !
 »

Ruelles à découvrir

Un homme de 82 ans est natif d’Yverdon-les-Bains et connaît très bien sa ville. Il aime ces ruelles et ces passages typiques, qu’il utilise pour se déplacer et gagner un peu de temps lors de ses trajets quotidiens. Pour lui, ces lieux font partie de ses repères et renforcent son sentiment d’appartenance à la ville. Il constate pourtant que ces passages restent souvent méconnus de certain·es, qui n’en découvrent le charme et l’intérêt que lorsqu’iels sont guidé·es par celles et ceux qui les connaissent déjà.

Pour les personnes âgées, ces lieux patrimoniaux sont importants. Ils favorisent la familiarité et l’identification, en rappelant des souvenirs partagés et en créant des occasions d’échanges intergénérationnels. Les bâtiments anciens et les passages caractéristiques deviennent des points de repère qui orientent les déplacements et offrent des itinéraires plus agréables, souvent à l’écart de la circulation.

Ces lieux contribuent aussi à renforcer le lien avec la ville et à soutenir le sentiment d’appartenance. Ils devraient être rendus plus visibles et accessibles afin de permettre aux personnes âgées de se repérer facilement, de se déplacer en confiance et de continuer à profiter de la richesse patrimoniale de la commune.

Carte des lieux photographiés — Yverdon-les-Bains

Crédits et informations pratiques - Exposition « Passages, bancs et repères » à Yverdon-les-Bains

  • Photographies : ECAL/Alizée Quinche

  • Graphisme et typographie Iconic : ECAL/Stephanie Wilson

  • Impression : Easy document SA, Montagny-Chamard

Remerciements à la bibliothèque d’Yverdon-les-Bains (Pierre Pittet), à la commune d’Yverdon-les-Bains et aux personnes ayant participé aux entretiens.

Exposition visible du 12 mai au 6 juin 2026.

Retour en haut